Si l’on devait réduire Enghien à une image, ce serait une balustrade. Une balustrade de fer forgé, posée au-dessus de l’eau, avec derrière elle des platanes et devant elle le lac. Wikipédia raconte qu’en juillet 1904 un garde-corps métallique de 263 mètres remplace l’ancienne barrière de bois de la chaussée du lac, qui menaçait de s’effondrer, puis qu’en 1911 ce garde-corps est remplacé à son tour par la jetée-promenade actuelle, avec sa balustrade en fer forgé, large de neuf mètres, en encorbellement sur le lac. Le même article lui donne 350 mètres de long et des platanes centenaires.

La couleur avant la couleur
Il y a sur cette jetée un épisode que j’aime particulièrement. Wikipédia écrit que c’est là, comme à Deauville et à Venise, que Charles Pathé réalise parmi les toutes premières prises de vues en couleur, en expérimentant un procédé de trichromie. Je n’ai pas vu ces images. Mais l’idée qu’on ait choisi ce lac pour essayer la couleur dit quelque chose de sa lumière : une eau peu profonde, un ciel ouvert, des façades claires, tout ce qu’il faut pour qu’un reflet soit net. C’est d’ailleurs pour rendre hommage à cette époque que les illustrations de ce site imitent le grain des premières plaques couleur.
Le cinéma, encore
Wikipédia recense aussi des films tournés à Enghien, dont « Le Crime de monsieur Lange » de Jean Renoir, en 1936, avec une courte scène de Jules Berry sur la jetée. L’article note que la jetée « sert quelquefois de décor naturel pour des plans de scènes de films ». Une balustrade, un lac, des platanes : le décor est prêt, il suffit d’y poser un acteur.
Une enfant du lac
L’office de tourisme consacre un paragraphe à Mistinguett. Jeanne Florentine Bourgeois naît à Enghien-les-Bains le 5 avril 1875 et passe sa jeunesse au bord du lac, « où naît son goût pour la scène ». Elle débute dans les cafés-concerts sous divers pseudonymes avant d’adopter celui de Mistinguett, puis triomphe au Moulin-Rouge et aux Folies Bergère. L’office cite trois titres : « Mon homme », « Valencia », « Ça c’est Paris ». La place de la gare porte son nom, une allée du Jardin des Roses aussi, selon Wikipédia. Je trouve juste que la ville ait mis son nom à l’endroit où l’on arrive : c’est par là que, pour beaucoup, commence le spectacle.
Un pavillon venu d’ailleurs
La jetée a un autre voyageur : le Pavillon du Lac. L’office de tourisme rappelle qu’il s’agissait du Pavillon chinois présenté à l’Exposition universelle de Paris en 1867, reconstruit en 1911 — la même année que la balustrade —, modifié dans les années 1960 et restauré, avec à la clé les Rubans du Patrimoine en 2019. Il est aujourd’hui une brasserie, ouverte pendant les travaux du Grand Hôtel ; je la décris sur sa page.
La jetée aujourd’hui
Elle reste le balcon de la ville : on y donne le feu d’artifice sur le plan d’eau, des concerts en plein air, parfois sur une scène flottante, raconte Wikipédia ; le Barrière Enghien Jazz Festival, d’après l’office de tourisme, y installe une scène sur le lac ; le concours d’élégance automobile y aligne des voitures de collection, tradition locale depuis 1948. Le reste du temps, c’est une promenade. Les cygnes s’en approchent, les pédalos partent à côté, et l’on peut, en se retournant, regarder la ville entière se refléter dans le lac.
Sources consultées le 1er novembre 2026
- Wikipédia (source secondaire) — Enghien-les-Bains — fr.wikipedia.org
- Wikipédia (source secondaire) — Lac d’Enghien — fr.wikipedia.org
- Office de tourisme — le lac (Mistinguett) — www.enghienlesbains-tourisme.fr
- Office de tourisme — architecture (Pavillon du Lac) — www.enghienlesbains-tourisme.fr
- Office de tourisme — grands événements — www.enghienlesbains-tourisme.fr