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Carnet · histoire

La source du père Cotte

Un étang à moulin, un ruisseau qui sent le soufre, un roi guéri : comment une odeur a fait naître une ville.

Il y avait d’abord un étang. L’office de tourisme d’Enghien-les-Bains lui donne un nom qui sonne comme un acte notarié, « étang neuf d’Anguien ou de Montmorenci », et lui ajoute un moulin. Wikipédia précise que ce moulin apparaît dans les textes à la fin du XIIe siècle, qu’il est cité en 1247 sous le nom de moulin de Saint-Gratien, puis en 1368 sous celui de moulin de l’Estant, qu’il appartient au seigneur de Montmorency et qu’il sera démoli en 1865. Pendant six siècles, l’eau de cet endroit sert à moudre, et personne ne songe à s’y baigner.

Un ruisseau qui sent mauvais

En 1766, le père Cotte, curé oratorien de la collégiale de Montmorency selon l’office de tourisme, s’intéresse à une eau qui sourd près de l’étang et lui trouve des qualités sulfureuses. L’histoire retient son nom : Wikipédia rappelle qu’une source a été exploitée sous le nom de « source Cotte », et le boulevard qui longe aujourd’hui le Grand Hôtel porte le même nom. J’aime cette coïncidence de trottoir entre un hôtel de quatre étoiles et le prêtre qui, le premier, a pris au sérieux une odeur d’œuf pourri.

Un médecin et un roi

La découverte ne suffit pas à faire une station. Il faut, raconte l’office, le docteur Péligot, ancien administrateur de l’hôpital Saint-Louis à Paris, pour donner à Enghien sa vocation thermale ; il y fait venir le roi Louis XVIII, soigné avec succès d’un ulcère à la jambe grâce aux eaux d’Enghien, et la source est rebaptisée « source du Roi ». Wikipédia date la guérison de 1823 et l’attribue aux conseils du médecin personnel du roi, le baron Antoine Portal ; les eaux, écrit-elle, deviennent « subitement à la mode ». Les deux récits ne nomment pas le même médecin ; je vous les livre ensemble, comme on livre deux témoignages.

Un hameau qui devient commune

Ce qui suit est une affaire de chemins de fer et de juristes. La ligne de la compagnie du Nord dessert le lieu à partir du 11 juillet 1846, à raison d’un train par demi-heure selon Wikipédia. Le « hameau des eaux », que l’office décrit comme un ensemble d’établissements thermaux, d’hôtels et de commerces, est alors à cheval sur plusieurs communes rurales qui n’ont ni les moyens ni l’envie de le gérer. L’office de tourisme rapporte que, le 7 août 1850, « malgré les réticences des communes voisines », la création de la commune d’Enghien-les-Bains est actée ; Wikipédia précise qu’elle naît du détachement de Deuil-la-Barre, Épinay-sur-Seine, Saint-Gratien et Soisy-sous-Montmorency. Quant au nom, l’office l’explique par la ville belge d’Enghien : le prince de Condé, héritier du duché de Montmorency, obtint de Louis XIV de le rebaptiser duché d’Enghien.

Les visiteurs

L’office cite une liste de visiteurs qui donne le tournis : Napoléon III, Karl Marx, George Sand, Alexandre Dumas, Jean-Jacques Rousseau, Ingres. Je la recopie telle quelle, avec la prudence qu’imposent ces palmarès de station, où les siècles se mélangent un peu — Rousseau est mort douze ans après la découverte du père Cotte. Ce qui est sûr, c’est que la station attire tôt la bonne société parisienne, et que le train la met à portée d’une après-midi.

Les murs de l’eau

L’eau a eu plusieurs maisons. Wikipédia décrit un premier établissement en 1866, un bâtiment sobre inauguré en 1935 par le président Albert Lebrun, fermé en 2001 puis démoli à cause de canalisations corrodées, et enfin les « Rives d’Enghien », inaugurées le 18 octobre 2006. La source du Roi, elle, a son kiosque : réalisé en ciment par l’architecte A. Bluysen en 1934, surmonté d’un dôme, au 85 rue du Général de Gaulle, devant l’établissement thermal, toujours selon Wikipédia. C’est l’adresse du Grand Hôtel. Je ne sais pas ce que le chantier fera de ce kiosque ; je regarderai, quand les palissades tomberont.

Ce qui reste aujourd’hui

Une eau que l’office décrit comme la plus sulfureuse de France, treize sources dont neuf principales, à 13 °C, des cures ORL et respiratoires, un spa qui s’est installé dans le même bâtiment, et un hôtel qui, depuis 1949, dort à côté. Tout ce que je raconte dans cette chronique tient finalement à ce ruisseau. Pour la part médicale d’aujourd’hui, voyez les thermes ; pour la part de détente, le spa.

Sources consultées le 1er novembre 2026

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